Chapitre parallèle au livre Danser avec le Chaos

Chapitre parallèle au livre

Danser avec le chaos

-Dieu ne joue pas aux dés !
-Le diable oui.
(Réplique du Trickster de Jean-François dans la pièce Cartes,
mise en scène par Robert Lepage)
 
 
J’ai beaucoup de respect pour le passé parce qu’un jour il fut l’avenir…
Louis Bournival
 
 
 

Jaipur, Inde. Cette ville a été mise sur ma route par mon guide suite à ma demande de visiter le fameux Taj Mahal à Agra.  Je n’avais donc aucune attente mais fut agréablement surpris par cette région superbe du Rajhastan. À mon arrivé dans la ville, il y avait des cerfs-volants partout accrochés sur les toits et aux mains des enfants.  Cet événement inattendu offrait un spectacle unique et particulièrement génial au sens premier du terme, soit une confluence de courants et d’événements. Je fus particulièrement touché de voir toutes ces couleurs et ces ficelles danser entre les maisons et remplir complètement le ciel.Ma découverte la plus captivante fut avec celle du Jantar Mandir.  Il s’agit d’un immense parc d’instruments astronomiques conçus au 18ième siècle. Le nom du site provient de yantra, « instrument », et mandir, « temple », soit le « temple des instruments. En découvrant les multiples instruments disposés à ciel ouvert et entourés par les cerfs-volants, je songeais à la première lunette de Galilée qui révolutionna complètement notre rapport au monde. Je me disais que les scientifiques ont parfois ce rôle du Trickster ou de Hermès. Tout comme je le mentionnais dans le chapitre sur les Tricksters culturels, notre société rencontre ainsi de temps à autre des scientifiques qui bouleversent complètement notre monde.

Les trois grands chocs narcissiques de l’homme

Tout comme Hermès nous fait passer d’un monde à un autre, il y a des scientifiques qui nous font entrer dans un monde plus vaste et étendent aussi notre langage. Ils ont parfois cette image du savant fou avec leurs cheveux tout ébouriffés et leur rire démoniaque. Un scientifique qui aurait la fonction de Trickster est essentiellement celui qui ouvrira des horizons nouveaux, qui élargira notre perception du réel en la bouleversant totalement. Nous avons connu notamment trois grands bouleversements dans notre représentation du monde et une autre semble se préparer prochainement.En montrant que la terre n’était pas au centre de l’univers, Galilée, en suivant les idées de Copernic, nous a déplacé les frontières du monde connu.  Mais tout comme Sabina Spieilrein mentionné précédemment, c’est une femme ignorée de la science et de la philosophie, la grande Hypathie, qui vécue à Alexandrie autour de 400 ans après Jésus Christ, qui aurait eu d’abord cette idée et aurait pu la prouver.Il s’agit du premier grand choc narcissique de l’homme qui a profondément déstabilisé l’Église alors que ces découvertes provoquèrent l’ordre établi. Heureusement, L’Église s’est rétractée après plusieurs centaines d’années. Le premier choc narcissique est donc la découverte que la terre n’était pas le centre du monde.

Darwin, en prouvant que l’homme n’était lui non plus au centre de la création, mais issue d’une longue évolution animale, a provoqué le second grand choc narcissique de l’homme et de sa place dans le monde. Ceci lui a valu, et malheureusement encore aujourd’hui, des projections virulentes. Alors qu’il le fut pour l’Église dans le passé, il est aujourd’hui le Trickster par excellence des Créationnistes.

Mais il y a eu aussi Freud qui a provoqué notre conception de l’homme en induisant notamment la dimension sexuelle de l’enfant dans une Vienne des plus puritaines à l’époque. Le troisième grand choc narcissique qu’il a provoqué chez l’homme est à l’effet que le conscient n’était pas au centre de l’homme lui- même, mais plutôt l’inconscient qui dominait sa vie.

Mais après la terre, l’homme et sa conscience, il se pointerait à l’horizon avec la théorie des super cordes, une révolution qui risque aussi de bouleverser complètement notre place dans le monde. Ils proposent que notre univers ne seraient pas le seul univers, mais faisant parti d’un vaste multivers. Mais avant d’explorer cette idée, revenons aux parallèles que la synchronicité entretient avec la science.

Le chaos et la science

La synchronicité est en elle-même une idée « Trickster » de la science avec le principe d’acausalité.  Sans avoir eu la prétention de la prouver scientifiquement, dans les Hasards Nécessaires, j’ai exploré les liens que peuvent entretenir la synchronicité avec la théorie du chaos. Rappelons ici les idées principales:

  • La nouveauté dans la vie émergerait à la frontière du chaos.
  • Le sens dans une synchronicité serait une propriété émergente issue de ce chaos.
  • Le hasard est nécessaire et il y a des hasards nécessaires. Nos vies sont tissées entre hasard et nécessité comme l’illustre le symbole du flocon de neige qui a toujours  une forme unique et imprévisible en son centre mais aura toujours 6 pointes aux extrémités. Nous aurions donc des « Rendez-vous » nécessaires mais un espace de jeu et de créativité pour les jouer.
  •  L’effet papillon, qui nous vient de la théorie du chaos, montre que les conditions initiales vont produire des effets amplifiées dans la suite des choses. Cette idée est traduite psychologiquement par le fait qu’une rencontre qui a une portée synchronistique va engendrer des tempêtes qui vont transformer notre vie à tous les niveaux et sur une longue période de temps même si la relation fut brève. Autrement dit dans le vivant, les causes ne sont pas proportionnelles aux effets.
  • La théorie du chaos nous indique que notre monde est trop complexe pour connaitre et contrôler toutes les causes. Selon cette approche, tout est inter relié et on ne peut qu’approximer le futur toujours en mouvement.
  • La théorie du chaos nous a fait aussi mieux comprendre comment le timing ou le kairos (le moment opportun)  est essentiel à l’émergence de la nouveauté comme dans un moment de sychronicité.

La théorie du chaos est intimement liée avec la dynamique chaotique de l’archétype du Trickster.  Le chaos, qui peut être approché ici du hasard. Selon ce paradigme, le hasard renvoi essentiellement à notre incapacité à connaitre toute les causes en cause dans les systèmes complexes comme dans une vie humaine et nous invite à sortir du cadre étroit de l’unique causalité pour en explorer le sens.Toute sa vie, Einstein a lutté contre le principe du hasard. Pour lui Dieu ne jouait pas au dés ce à quoi Neils Bhor, l’un des père de la mécanique quantique lui répondait: « Mais qui êtes vous pour dire à dieu ce qu’il doit faire ? »

Le hasard peut aussi être présenté comme le fit Cournot au 19ième siècle, soit la rencontre de deux séries causales indépendantes. Ainsi, le hasard crée des conditions pour que la vie joue avec ses possibles et explore toutes les voies. Il revient à nous de jouer avec ces dés. Le hasard est l’exploration des possibles comme en témoigne le jeu de la vie qui joue constamment avec les possibilités et cela des atomes aux cellules jusqu’aux jeux des enfants.

Mais c’est tout comme si la vie jouait avec un « dé pourvu de sens ». Car ordre et chaos, sens et non sens co existent dans les jeux de la nature, tout comme hasard et nécessité.

C’est aussi ce que nous montre la mécanique quantique, discipline dans laquelle le hasard et le chaos sont rois. Rappelons ici au passage que la synchronicité a été pensée par Jung avec Wolfgang Pauli, un des prix Nobel de physique, et l’un des pères de la mécanique quantique.

Synchronicité, mécanique quantique et inconscient collectif

La mécanique quantique est aussi le théâtre par excellence du Trickster et de son chaos. Elle s’intéresse aux mondes des particules, soit un monde encore plus petit que les atomes et les molécules. Dans ces dimensions, le chaos et l’incertitude règne mais aussi un ordre caché. C’est Richard Feynman, un scientifique plutôt original doué pour le bongo et qui porte bien le chapeau du Trickster, qui a selon moi le mieux illustré ce que peut être la mécanique quantique. Il a proposé que la nature n’aurait pas une histoire, mais porterait en germe toutes les histoires. En d’autres mots, la vie n’aurait pas un sens, mais tous les sens. Le monde quantique nous présenterait donc un monde où tout serait en germe aussi longtemps que le temps ne serait pas intervenu pour en exprimer une forme. La métaphore du DVD illustre bien cette idée. L’univers serait en potentiel partout et à tout moment, un peu comme un DVD qui contiendrait toutes les histoires  de l’univers mais qui ne serait pas encore lu. Une fois qu’on insère ce « DVD de la vie » dans le lecteur du temps, il déroule une possibilité parmi toutes, mais les autres demeureraient « quelque part » non jouées.

David Bohm allait en ce sens avec son concept d’ordre impliqué et ordre déployé. Cette idée est très proche de l’inconscient collectif qui serait un champ matriciel de tous les possibles. Dans l’inconscient collectif, tout est contenu en germe et c’est le temps qui permet de dérouler une ligne de possibles suivant les thèmes de prédilections que sont les archétypes. L’inconscient collectif serait ainsi, tout comme le monde quantique, une matrice de tous les possibles qui se situerait en dehors de l’espace-temps. Il commencerait à entrer de plus en plus dans le langage des nouvelles sciences et à apparaitre de plus en plus sur le « radar » des physiciens quantique. Et résumé, selon les physiciens quantiques, hors du temps, tout est possible, mais une fois entrée dans un temps, les possibles se déplient dans un sens relayant tous les autres sens dans d’autres mondes et d’autres temps.

Les sens du temps

Que diriez-vous si un physicien vous annonçait que votre vie n’a pas un passé mais une multitude de passés ? Selon les physiciens quantiques, même le passé ne serait pas défini.  Ce que nous annonce ces scientifiques assez Trickster, on en convient, c’est que regarder un système ou une personne, c’est aussi lui donner un passé parmi une infinité de passés possibles.

Ainsi, n’est-il jamais trop tard pour avoir eu une enfance heureuse ? C’est un peu ce que disait l’auteur Eric Emmanuel Schmitt au sujet de son enfance lors d’une conférence à Québec. Il nous rappelait alors que nous prenons conscience de notre enfance qu’une fois qu’on en est sorti. Mais surtout, que notre enfance varie selon les âges. Nous n’avons pas la même enfance à l’adolescence, à la quarantaine ou à notre retraite.

De la même façon, lorsque nous regardons l’enfance de l’univers, nous pouvons reculer dans le passé et déceler aussi une enfance, « un » Big-bang parmi d’autres. Car selon les théoriciens de cordes, qui sont encore plus provocateurs que les physiciens quantiques, il n’y aurait  pas eu qu’un Big-bang, mais une multitude de Big-bang qui surviendrait à tous les moments pour enfanter, même au moment où vous lisez ces lignes, de nouveaux univers.

Des cordes à danser

Depuis quelques années, une poignée de scientifiques propose donc de révolutionner complètement notre conception du monde avec ce genre d’idées qui ont l’air tout droit sorties d’un film de science fiction mais qui sont étudiées pourtant très sérieusement. On nomme la théorie M, cette théorie physique élaborée par le professeur Edward Witten qui a pour but d’unifier les différentes théories des super cordes déjà existantes.  Le M viendrait du retournement du W de Witen, certains disent qu’il signifie Mystère, Matrice, Mère et d’autres, « Murky » (trouble/boueuse). Pour simplifier, disons que la théorie M tente de réconcilier les deux grandes théories de l’univers que nous connaissons, soient l’une qui explique l’infiniment grand avec la théorie de la relativité  d’Einstein et l’autre l’infiniment petit avec la mécanique quantique.  Malgré toutes les tentatives à ce jour, le mariage entre les deux n’a jamais eu lieu et tous les espoirs se tournent vers cette théorie M des plus complexes et provocatrices.

La petite histoire de cette théorie est marquée par le hasard et l’inattendu. Tout commence en 1968, lorsqu’un mathématicien italien du nom de Venetiano ouvre un vieux livre de mathématique au hasard à la recherche d’une formule pour expliquer le fonctionnement de la force gravitationnelle. Rappelons-le ici, la gravité est calculée et observée, mais personne ne comprendrait réellement comment cette force opère notamment lorsqu’on la met en relation avec les autres forces dans la nature comme la force nucléaire par exemple. Il trouve donc par hasard, une vielle équation inventée 200 ans plus tôt qui jette un nouveau regard sur la gravité.

Plus tard, un autre mathématicien américain, Leonard Susskind tombe par hasard sur la formule de Venetiano. Il la retourne dans tous les sens dans son grenier pendant des mois. Il arrive à la conclusion que pour expliquer le fonctionnement de la gravité, il doit introduire quelque chose de totalement inusité et inattendu; des cordes. Ainsi, selon ses calculs, ce ne serait pas des particules qui seraient les premiers constituants de la matière, mais des cordes qui seraient entortillées sur plusieurs dimensions parallèles.  Son article est alors rejeté par la communauté scientifique, et, humilié, il noie alors son désespoir dans l’alcool. Mais la formule de Susskind refait finalement surface en 1986 et c’est à ce moment, à ce timing plus propice, que la communauté scientifique s’empare de la formule et en fait l’un des piliers de la recherche en théorie des cordes.

En résumé cette formule, prouverait qu’à la base de la vie, celle-ci ne serait pas constituée de points ou de particules, mais des cordes qui vibreraient à différente fréquence et dans de multiples dimensions pour former les particules élémentaires et nous donner toute la musique du monde. Nous savons que la nature s’exprime comme un langage. La nature est formée de lettres qui deviennent des mots, des phrases et des paragraphes: Particules, atomes, molécules, etc. Mais nous avons toujours eu de la difficulté à en trouver les lettres fondatrices. Ainsi avec la théorie de corde, nous découvrirons peut- être que la vie converserait avec nous avec des « lettres attachées. »

L’idée des cordes comme fondement de la vie est attrayante. Toutefois, nous n’avons jamais observé ces cordes et elle est pour le moment difficile à prouver, même si au plan mathématique elle tient la route.  Mais son aspect le plus étrange, et avouons-le profondément déstabilisant,  c’est la nécessité des autres dimensions ou univers parallèles pour que les formules fonctionnent. Actuellement, il faudrait tenir compte de 11 dimensions pour vérifier ces formules mathématiques. C’est probablement pour cela qu’elle a du mal à entrer dans le cadre de la science car encore trop déstabilisant pour notre conception du monde comme la conception du monde avant Gallilié, Darwin et Freud.

Mais indépendamment que cette hypothèse des univers parallèles existent réellement ou non, elle n’en demeure pas moins une idée qui fascine et façonne notre époque. Comme nous le verrons plus loin, elle est exprimée indirectement dans le fantasme des existences virtuelles qui prennent de plus en plus de place dans nos vies.  Autrement dit, l’idée de vie parallèle est aussi un symbole. Elle exprime  psychologiquement le fait de vivre simultanément avec un inconscient personnel et collectif qui aurait des possibles qui ne seraient pas exprimées dans notre dimension consciente mais qui évolueraient peut-être en parallèle.  Cette idée offre alors un nouveau regard à la notion d’ombre. Celle-ci pourrait alors êtres constituée de tous les choix inverses à notre vie consciente qui évolueraient en parallèle et que l’on rencontrerais lors de certains carrefours de vie comme il se présente lors de synchronicités.

Théorie de la double causalité

Une approche qui m’a été présentée récemment va dans le même sens que cette hypothèse en regard de la synchronicité et de notre rapport au temps.

Selon la théorie de la double causalité élaborée par le scientifique du CNRS, Phillipe Gullemant, notre destin serait déjà réalisé quelque part. Notre ligne temporelle ne serait toutefois pas figée: elle pourrait être remplacée par une autre ligne qui lui est parallèle dans le présent (au sein du multivers).

Mais l’hypothèse clé de cette approche serait que le futur déterminerais le présent et donc non seulement le passé tel que on l’observe au niveau des particules où le temps peut s’inverser et que les effets peuvent précéder les causes.

La fonction du temps présent ne serait alors pas tant de créer la réalité qui est déjà créée, mais de choisir notre futur commun par l’effet cumulé de toutes nos consciences.

Tout changement de ligne temporelle se fait par glissement ou déplacement le long des dimensions supplémentaires intérieures de l’univers comme il se produirait lors d’un moment clé de nos décisions et la présence alors plus fréquentes de synchronicités.

Je demeure prudent qu’en à la capacité de prouver ou d’expliquer la synchronicité. tout comme la possibilité de la commander et ces approches demandent encore plus d’approfondissement, mais elles semblent ouvrir des voies prometteuses.

Selon moi, la synchronicité n’est pas encore capable de se faire une place dans le monde scientifique de façon irréfutable. On l’éprouve actuellement davantage qu’on ne la prouve.

Le monde du théâtre et du cinéma offre des espaces qui mettent ces questions en mouvement de façon tout aussi parlantes que la science et c’est ici que je rejoindrai la ligne directrice du livre Danser avec le chaos.

« Sliding Doors »

Le film de Peter Howit, Sliding doors, « Pile ou face » en français met en scène une femme qui vient de se faire virer de son travail. Elle vit avec un écrivain qui entretient une vie « parallèle » avec sa maitresse. Au moment de prendre un métro souterrain pour revenir à la maison, le film se divise en deux. Deux lignes d’histoires nous sont alors montrées. D’une part, il y a la femme qui embarque à temps dans le métro, revient à la maison et trouve son mari avec sa maitresse puis l’évolution qui s’en suit. De l’autre, en parallèle, cette même femme manque son métro et rentre donc plus tard à la maison et ne peut découvrir la double vie de son mari. Une autre vie suivra son cours alors.

Prise dans une perspective de rencontre synchronistique, ce film illustre bien comment une simple rencontre en apparence banale peut faire bifurquer complètement nos vies dans un autre monde de possibles. Chacune de nos rencontres et de nos choix nous font prendre un chemin et nous en délaissons d’autres qui, selon la théorie des cordes se continuerait quelque part en parallèle. Au plan psychologique, nous pouvons dire que cette vie parallèle inconsciente constitue l’ombre, l’autre face de nos choix de vie consciente.

La rencontre synchronistique serait une porte ouverte vers un autre ligne de possibles, un point de bifurcation. Il y aurait donc un monde dans lequel vous êtes entrain de lire ce livre et un monde dans lequel vous ignorez totalement son existence car il n’est pas encore écrit.  Dans ce monde, je suis encore perdu dans le chaos de mes idées ou je n’existe tout simplement pas. Or ces univers existeraient simultanément mais sur des plans différents. Et entre vous et moi, j’aimerais bien rejoindre le monde ou ce livre est déjà écrit et que nous pouvons ainsi nous rencontrer.

Six feet under

La sublime série Six feet under a aussi présenté un épisode dans laquelle est présentée cette idée des vies parallèles. Dans le premier épisode de la troisième saison, nous apercevons Nath qui a eu une opération au cerveau et se réveille à côté de sa tombe. Puis on le voit explorer tour à tour toutes les vies possibles qu’il a ou qu’il aurait pu avoir.

La mort, le point de bifurcation de Nath dans cet épisode et qui est en soi le plus grand Trickster de la vie, est le lieu et le moment où Nath, tout comme nous d’ailleurs, sommes emmenés à mettre en relation tous nos possibles. Combien de fois, confrontés à la mort, nous avons été invités à nous engager de façon plus vivante dans un choix de vie plutôt qu’en suspend dans les autres de nos vies parallèles? Combien de fois la synchronicité est survenue autour de cette grande frontière que représente la mort ?

Il s’agit là en effet d’un espace propice et à la synchronicité et aux frontières de nos mondes possibles et impossibles. La synchronicité serait alors une surprise dans le temps,  un temps hors du temps, un point de bifurcation entre ce que nous vivons et refusons de vivre.

Insomnie

La pièce de théâtre Insomnie du Théâtre du niveau Parking qui nous a donné le sublime Lentement la Beauté a aussi proposé d’explorer cette idée des vies parallèles dans la pièce Insomnie de Daniel Brooke.

Dans la pièce Insomnie, un homme est divisé entre son mariage amoureux et son mariage professionnel. Il est incapable de s’endormir et cette situation l’oblige à converser avec les multiples choix qu’il a devant lieu et entrer dans le vertige de ses possibles. Il vient d’avoir un enfant et son couple est profondément secoué par l’arrivé de cet enfant. Puis, il reçoit alors la visite inattendue de son frère Williams qui aura un rôle de Trickster dans sa vie, le confrontant dans son inertie et le poussant à s’engager dans sa vie. Dans la pièce, nous ne savons pas si la rencontre est réelle ou c’est dans le cadre d’un rêve que se déroule l’histoire.

L’espace liminal de l’insomnie ouvre les portes des univers parallèles, des choix possibles de cet homme.  Williams est à l’opposé de lui à tous les niveaux. Ce choc avec son frère va permettre aux vies parallèles de cet homme de se rencontrer et cette rencontre le fera bifurquer dans sa nouvelle vie.

Cette pièce de théâtre illustre bien comment le Trickster est l’ouvreur de portes qui nous fait passer d’un monde à un autre et d’intégrer les vies parallèles contenues dans l’ombre. Comme si, dans l’inconscient portait de l’autre côté tous les choix inverses de notre vie présente. Ces choix reviennent nous hanter comme des possibles non exprimés la nuit et nous inviter à regarder plus attentivement lesquelles nous choisiront d’incarner le jour.

Ce serait ainsi possiblement par le chaos d’un Trickster et de la rencontre synchronistiques que nos vies parallèles se rencontreraient et se révèleraient. Lorsque nos vies sont vécues trop longtemps en parallèles et qu’il n y a plus de rencontre avec nos ombres, nous sommes comme le personnage de Insomnie, inviter à converser et faire face à l’ombre de nos choix.

La vie cherche toujours son chemin

La vie cherche toujours son chemin. La rencontre synchronistique ouvre des portes entre ce qui est habituellement en parallèle comme deux lignes d’un chemin de fer par exemple ou deux trains en marchent comme le montre le film Sliding Doors. La rencontre synchronistique permet la rencontre impossible avec les possibles que nous n’avons pas endossés. Comme lorsque nous vivons en parallèle avec notre inconscient, la rencontre avec soi est essentielle un jour ou l’autre. Des portes s’ouvrent alors par les rêves, les intuitions et les synchronicités pour favoriser la rencontre de ce qui ne se rencontre pas habituellement. C’est là aussi tout le défi que de mener trois mariages en parallèles soit avec une personne, une vocation, soi-même et l’ombre de nos choix.

Tout ceci pourra paraitre farfelu, mais explorons comment les scientifiques travaillent d’arrache pied pour prouver le fondement de ces univers parallèles notamment les scientifiques du Cern.

Du parc de Jaipur au parc d’instrument du Cern

C’est au CERN en Suisse que se trouve le plus grand collisionneur de particule et fourni l’instrument moderne le plus efficace permettant d’observer l’infiniment petit. Au moyen d’un immense appareil, appelé LHC, ils espèrent faire entrer de la matière dans une autre dimension. Ils bombardent ainsi des atomes d’hydrogènes avec de grande quantité d’énergie et les dépouille de leurs électrons puis bombardent les protons en sens inverse lorsqu’ ils approchent de la vitesse de la lumière. La plupart des collisions n’engendrent que des étincelles. Mais il arrive qu’il se produit des collisions frontales qui libère des particules encore plus petites que les protons. Les théoriciens des cordes espère alors trouver des minuscules unités de gravité, appelés Gravitons. Ces  particules constituraient ces fameuses cordes et interagissent avec des dimensions supplémentaires.

Ila attendent donc après le choc révélateur de ces particules. Mais les scientifiques Tricksters ne choquent pas notre vision du monde qu’avec avec leurs théories, mais aussi avec la technique. Il est d’ailleurs intéressant de réaliser que le CERN est aussi le lieu d’une autre grande révolution en parallèle, mais technique cette fois.  Le Cern nous a donné en 1989 le World Wide Web qui a aussi bouleversé complètement notre rapport au monde comme le Trickster sait si bien le faire…

Parallèle et virtuel

Hermès est vu dans la mythologie grec comme celui qui offre la culture et il est aussi le dieu de la communication. D’ailleurs, le premier nom donné à un système de messagerie électronique avec comme nom Hermès.   Hermès, aussi le dieu des routes est donc présent sur l’autoroute électronique et l’ordinateur provoque et bouleverse nos vies comme aucun autre outil n’a pu le faire à ce jour.

Est-ce que le monde virtuel nous prédisposerait à vivre symboliquement dans ces univers et vies parallèle ?

Aujourd hui, nous pouvons conduire une formule 1, jouer au hockey pour la ligne nationale, empêcher les allemands de progresser en Europe ou retarder l’avancement des Sud-Coréens aux États-Unis  tout en pouvant nous immerger dans un monde où nous incarnons un chevalier à Florence.

Le virtuel serait-il une porte nous faisant entrer progressivement dans des mondes et identitées paralleles en nous habituant progressivement au monde de la simulation et des avatars ? Ces avatars qui, soient dit en passant, symbolisent les multiples incarnations de Vishnous.

Mais le propre du virtuel ou du parallèle, c’est l’absence de rencontres. Plus souvent qu’autrement, la rencontre ne se fait pas dans ces univers comme lorsque nous nous vivons dans des existences parallèles avec l’autre ou notre inconscient.

C’est pour cela que le chaos est alors nécessaire, soit ces chocs inattendus ou ces synchronicités qui obligent à la rencontre et à la nécessité d’étendre notre conversation avec le monde.

Les nouveaux mondes

Nous avons terminé d’explorer la surface de la terre, mais il reste encore beaucoup à découvrir au coeur de nous memes. Des scientifiques ouvriront la porte peut-être un jour à ces espaces.

Il semblerait que l’incursion du virtuel nous habitue progressivement à la réalité des univers parallèles qui sera peut être un jour decouverts et prouvés. De futurs Christophe Colomb nous ferons alors peut-être entrer dans un monde plus vaste que celui que nous habitons présentement.

Masi les mondes dans lesquels nous entrons, tant virtuels que parallèles, auront besoin d’un langage riche et étendue pour l’habiter et préserver notre humanité.

Permettre la rencontre de nos vies parallèles, c’est tout à fait dans les cordes de la lyre d’Hermes. Et le langage mathématique, aussi riche qu’il soit, ne sera pas suffisant pour converser avec ces mondes.

Qui de mieux alors que Rimbaud nous introduire à ces mondes lorsqu’il écrit: « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaines d’or d’étoiles à étoiles, et je danse. »

6 réflexions à propos de “ Chapitre parallèle au livre Danser avec le Chaos ”

  1. Hypathie aurait plutôt vécu vers 400 après JC et non avant. Peut-être vous a-t-on déjà exprimé l’erreur?

    Ceci dit, votre travail est fascinant et commande tout mon respect. Ma blonde le pense aussi, elle vient de me le dire…

  2. Merci Gilles !

    Voilà, c’est corrigé et vous pouvez revenir de temps en temps car ce chapitre est en mouvement.

    Cordialement

    JFV

  3. Excellente façon d’utiliser le web !! Créer un chapitre en parallèle sur un blog permet au livre de rester ‘vivant’ et en mouvement. Un Univers d’essence ! Merci !

  4. 154 x 156 = 24024

    24024 est le quatrième nombre d’une suite mathématique liée à l’hypothèse de Riemann et au « chaos quantique ».

    14/11 La racine carré du nombre d’or !!

  5. mersea pour ton livre qui va peut-être me réveiller ! Je suis aussi dans la quarantaine et je me retrouve bien dans tes interrogations .

  6. L’ordre caché de notre conscience émerge à la lumière de l’Amour véritable et universel…

    Un brin ou une corde ! De fantaisie poétique me surprend au fil d’une lecture savoureuse.

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