Chapitre parallèle au livre Danser avec le Chaos sur la mécanique quantique et la théorie des cordes

Tags

, , ,

Chapitre parallèle au livre

Danser avec le chaos

-Dieu ne joue pas aux dés !
-Le diable oui.
(Réplique du Trickster de Jean-François dans la pièce Cartes,
mise en scène par Robert Lepage)
 
 
J’ai beaucoup de respect pour le passé parce qu’un jour il fut l’avenir…
Louis Bournival
 
 
 

Jaipur, Inde. Cette ville a été mise sur ma route par mon guide suite à ma demande de visiter le fameux Taj Mahal à Agra.  Je n’avais donc aucune attente mais fut agréablement surpris par cette région superbe du Rajhastan. À mon arrivé dans la ville, il y avait des cerfs-volants partout accrochés sur les toits et aux mains des enfants.  Cet événement inattendu offrait un spectacle unique et particulièrement génial au sens premier du terme, soit une confluence de courants et d’événements. Je fus particulièrement touché de voir toutes ces couleurs et ces ficelles danser entre les maisons et remplir complètement le ciel.Ma découverte la plus captivante fut avec celle du Jantar Mandir.  Il s’agit d’un immense parc d’instruments astronomiques conçus au 18ième siècle. Le nom du site provient de yantra, « instrument », et mandir, « temple », soit le « temple des instruments. En découvrant les multiples instruments disposés à ciel ouvert et entourés par les cerfs-volants, je songeais à la première lunette de Galilée qui révolutionna complètement notre rapport au monde. Je me disais que les scientifiques ont parfois ce rôle du Trickster ou de Hermès. Tout comme je le mentionnais dans le chapitre sur les Tricksters culturels, notre société rencontre ainsi de temps à autre des scientifiques qui bouleversent complètement notre monde.

Les trois grands chocs narcissiques de l’homme

Tout comme Hermès nous fait passer d’un monde à un autre, il y a des scientifiques qui nous font entrer dans un monde plus vaste et étendent aussi notre langage. Ils ont parfois cette image du savant fou avec leurs cheveux tout ébouriffés et leur rire démoniaque. Un scientifique qui aurait la fonction de Trickster est essentiellement celui qui ouvrira des horizons nouveaux, qui élargira notre perception du réel en la bouleversant totalement. Nous avons connu notamment trois grands bouleversements dans notre représentation du monde et une autre semble se préparer prochainement.En montrant que la terre n’était pas au centre de l’univers, Galilée, en suivant les idées de Copernic, nous a déplacé les frontières du monde connu.  Mais tout comme Sabina Spieilrein mentionné précédemment, c’est une femme ignorée de la science et de la philosophie, la grande Hypathie, qui vécue à Alexandrie autour de 400 ans après Jésus Christ, qui aurait eu d’abord cette idée et aurait pu la prouver.Il s’agit du premier grand choc narcissique de l’homme qui a profondément déstabilisé l’Église alors que ces découvertes provoquèrent l’ordre établi. Heureusement, L’Église s’est rétractée après plusieurs centaines d’années. Le premier choc narcissique est donc la découverte que la terre n’était pas le centre du monde.

Darwin, en prouvant que l’homme n’était lui non plus au centre de la création, mais issue d’une longue évolution animale, a provoqué le second grand choc narcissique de l’homme et de sa place dans le monde. Ceci lui a valu, et malheureusement encore aujourd’hui, des projections virulentes. Alors qu’il le fut pour l’Église dans le passé, il est aujourd’hui le Trickster par excellence des Créationnistes.

Mais il y a eu aussi Freud qui a provoqué notre conception de l’homme en induisant notamment la dimension sexuelle de l’enfant dans une Vienne des plus puritaines à l’époque. Le troisième grand choc narcissique qu’il a provoqué chez l’homme est à l’effet que le conscient n’était pas au centre de l’homme lui- même, mais plutôt l’inconscient qui dominait sa vie.

Mais après la terre, l’homme et sa conscience, il se pointerait à l’horizon avec la théorie des super cordes, une révolution qui risque aussi de bouleverser complètement notre place dans le monde. Ils proposent que notre univers ne seraient pas le seul univers, mais faisant parti d’un vaste multivers. Mais avant d’explorer cette idée, revenons aux parallèles que la synchronicité entretient avec la science.

(Pour continuer la lecture du chapitre, veuillez cliquer ici et entrer comme mot de passe le dernier mot que vous allez trouver à la page 154 du livre Danser Avec le Chaos)

The Artist: Redonner la parole au silence

Tags

, , , , , , ,

Scène initiale: Un homme attaché à une chaise et branché de partout reçoit l’ordre de parler. Quelqu’un l’oblige à tout dire sinon, son silence augmente les chocs électriques dans son cerveau…

 

Dans le film muet L’artiste de Michel Hazanavicius, Georges Valentin, joué avec brio par Jean Dujardin, apparait dès l’ouverture du film sous l’image d’un prisonnier qui, un peu comme nous devant nos ordinateurs aujourd’hui d’ailleurs, est soumis à la pression de communiquer, sinon c’est la mort.

L’obligation de parler…Même McCarthy, pendant la chasse au communisme des années soixante, n’aurait pas pensé à un truc aussi génial que l’Internet pour faire “parler” les gens sur leur vie privée de vie privée.  Mais sommes-nous libres, lorsque quelque chose d’extérieur nous oblige à parler ? La parole a-t-elle la même valeur lorsqu’elle est forcée ?

Il y a selon moi un parallèle à faire entre notre époque et les années folles qui était à l’aube d’une grande dépression et qui débouchera notamment sur la révolution du cinéma parlant. Parler en silence, voilà ce qui résume bien notre époque. Car parlons-nous véritablement avec nos milliards de messages textes qui défilent sur nos écrans pour décrire ce que font les personnages que nous sommes dans le grand film de la vie? Serions-nous autant obsédés par la communication si notre langage était véritablement parlant ?

Nous sommes par ailleurs aussi, à bien des égards, “prisonniers” de ce désir d’être vu sur les nombreux écrans du monde comme le personnage de Georges Valentin et symbolisé par la scène initiale.  Mais confiné derrière l’écran, comme il le vivra plus loin malgré lui et qui apparait aussi discrètement sur une affiche derrière lui, c’est le silence forcé…

Une image vaut mille maux…

Après les scènes initiales où il finit par se “libérer”, Georges Valentin sortira de l’arrière de l’écran de cinéma où était projeté son propre film pour entrer en scène devant les spectateurs qui l’acclament. Se sentant pleinement vivant au-devant de l’écran, il fera alors des cabrioles avec son chien sous le regard admiratif de tout le monde. Il exécute alors son fameux tour dans lequel il simule même la mort de son chien avec un fusil imaginaire. Mais lequel des deux est le plus libre ? Qui joue le plus le jeu de la vie et de la mort entre le chien et Valentin? Après tout, seul le chien sait jouer avec la mort en faisant fi de mourir lorsque son maitre simule un coup de feu.  Les deux font certes semblant, mais le chien lui, ne fait pas semblant de le savoir.

Lorsque plus loin, refoulé derrière l’écran avec son silence qui n’aura plus de valeur dans le nouveau monde du cinéma parlant, il sera pris au jeu de la pulsion de mort. Mais au début du film, la mort semble bien loin comme tant d’entre nous. Tout va bien pour Georges Valentin, il roule sur l’or, ses films marchent très bien, il est au-devant de la scène. Il est une vedette du cinéma muet, son “langage” correspond à celui que la masse veut “entendre” à ce moment. Il est confortablement installé dans la grande salle des attentes du monde et de son public. Mais il est toujours périlleux d’être “connu” lorsqu’on ne se “connait pas”. Le risque est très grand de nous retrouver noyé dans une baignoire ou brûlé par le feu des projecteurs et des images. Valentin l’apprendra à ses dépends…

La vie au-delà de l’image et des nuages…

La vie cherche toujours son chemin. Et au sommet de son illusion de grandeur, il fera une rencontre inattendue. Une jeune admiratrice s’approchera de lui, et échappera sa “bourse” par terre. Cette chute accidentelle et hautement symbolique permettra la rencontre. Comment réagit-il ? Il fait “semblant” d’être fâché puis sourit à la caméra. Sa première réaction de déni est très parlante, comme notre époque d’ailleurs devant ce qui est arrivé en 2008 à la bourse mondiale. Mais il sait peut-être, inconsciemment, que cette femme annonce un changement…Un journaliste, symbole de la société de l’image incite la femme à l’embrasser. L’image du baiser fera la une des journaux partout. Elle profitera de ce chaos médiatique pour se faire “entendre” dans le nouveau cinéma parlant, mais lui n’embrassera pas encore cette nouvelle réalité…

Puis le hasard convoquera un autre rendez-vous. Cette fois, un décor de nuage s’interpose entre les deux protagonistes lors d’une répétition pour un film. Ils dansent alors chacun de leurs côtés du nuage comme on le fait au début de toute histoire d’amour.   Le désir s’allume alors d’autant plus que la rencontre amoureuse semble souvent “organisée par le gars des vues” comme en témoigne souvent les nombreuses coïncidences à l’aube de nos histoires d’amours. Les grandes rencontres éveillent alors les grands désirs, comme les étoiles nouvelles dans le ciel obscur de l’impossible. Nuages, désir et étoile son d’ailleurs liés (voir à ce sujet mon billet: Nuages et désirs). Le mot désir proviendrait du latin desiderare qui signifie “Être privé de son étoile” en référence à l’histoire d’un devin qui perdit la vue de ses étoiles à cause d’une longue période de ciel nuageux.

Chaos nécessaire

Mais les nuages si vaporeux du départ en amour seront aussi les obstacles à venir. Car les désirs de Valentin seront troublés par d’autres nuages, ses désirs seront désalignés par des “des astres” justement”: L’arrivée du cinéma parlant et la grande dépression de 1929 le plongeront dans un chaos profondément déstabilisant. Il s’agit là d’exemples de figures du chaos, ce sont des événements Tricksters qui apparaissent ici sous l’aura typique d’Hermès, soit la crise du commerce et de la communication.

Alors qu’il se sentait tout puissant, il découvre sa vulnérabilité de vivre dans un monde où souvent, les causes ne sont pas proportionnelles aux effets. C’est d’ailleurs probablement ce qui nous fascine tant dans le hasard, soit que certaines rencontres apparemment anodines bouleversent complètements nos vies bien organisées.

Ainsi, lorsque le chaos frappera la vie de Valentin, que son “chien sera mort symboliquement” et que le cinéma parlant sera la nouvelle saveur du jour, il sombrera à son tour dans la dépression comme son époque.

Ce n’est donc plus simplement “la bourse” qui tombera, mais sa valeur personnelle. Cette valeur, tout comme la bourse mondiale chute complètement et invite alors à chercher un nouveau langage et de nouvelles valeurs. Fait historique intéressant, pendant la crise de 1929, malgré que la pauvreté fût partout, l’industrie du cinéma a connue un regain et était l’une des entreprises les plus rentables. Comme quoi quand on a faim, on se nourrit des vitamines de la beauté aussi…

Des questions en mouvement…

Woody Allen disait qu’il avait des questions à toutes les réponses. C’est exactement ce que fait un film, mettre en mouvement des questions. Et le film The Artist nous pose des questions fondamentales aujourd’hui: Est-ce que votre langage correspond à votre nouvelle réalité après un choc de vie ou un événement inattendu ? Est-ce que votre valeur personnelle est adaptée à la nouvelle réalité?

Lorsqu’une rencontre déstabilisante survient, nous sommes invités à nous demander comment nous allons converser avec. Rappelons-nous ici que converser veut dire essentiellement bouger, verser avec. Mais on peut aussi lutter contre et c’est ce que fait Georges Valentin au départ. Avant la crise, dans ses années folles, il était une caricature de lui même, telle que sa femme le dessinait d’ailleurs et il s’accroche à ce langage de l’image.

Tout comme Valentin, après une crise, nous pouvons nous entêter à converser avec la vie au moyen d’un ancien langage. Il s’entête alors à utiliser le silence, mais cette fois il est silencieux par orgueil.  Il attaquera alors la “valeur” de sa personne en tentant de se brûler avec les anciennes pellicules de ses vieux films.  C’est aussi d’ailleurs ce que font des millions de personnes à se “brûler” au travail par orgueil. Mais tôt ou tard, il devra faire face à sa nouvelle réalité et recommencer à converser avec la vie.

Bravo monsieur, vous n’avez plus rien…

Vers la fin du film, un commissaire-priseur libère tous ses avoirs et déclare cette phrase géniale: “Bravo monsieur vous n’avez plus rien”. La vente aux enchères le libère alors de tout ce qui le “possédait”, et surtout de cette image grandiose de lui-même.

Tout comme la société qui l’environne, il devra passer par cette perte et cette dépression nécessaire à la découverte de sa nouvelle valeur et ce nouveau langage qui lui permettra de vivre avec le changement inhérent à toute vie.

Ce film met ainsi en mouvement des questions de fond pour notre vivre notre époque. Nous sommes peut-être une société dépressive car nous avons du mal à faire face à la réalité et surtout qu’on a du mal à aller véritablement vers l’autre.

Ainsi, toute rencontre inattendue qui marque profondément nos vies nous oblige à chercher un nouveau langage.  Georges Valentin acceptera finalement d’être altéré par l’altérité. Il acceptera de “parler” un nouveau langage suite à la grande rencontre de sa vie avec Peppy Miller. Cette rencontre était alors peut-être “in attendu”, soit présente déjà dans le creuset même de leur rencontre initiale alors qu’ils dansaient librement ensemble sous les nuages. C’est ainsi qu’ils exprimeront ce nouveau langage, mais je ne vous dirai pas lequel ils ont trouvés. Je crois que j’ai déjà trop parlé alors je vous laisse voir ce film et le laisser aussi vous voir et vous parler…

La dictature des dictats

Tags

, , ,

Dans mon livre, je cite les travaux de Victor Klemperer qui sont très pertinents aujourd’hui pour nous permettre de comprendre comment le discours ambiant en vient à conditionner notre représentation du monde et de nous-mêmes. De l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 jusqu’à la capitulation allemande en 1945, ce professeur d’université a survécu au régime nazi et a tenu, en secret à Dresde, un journal dans lequel il rapporte ses pensées et raconte sa vie quotidienne.
Ainsi il déclare: « Les mots peuvent être comme des petites doses d’arsenic. On les avale sans prendre garde, ils ne semblent faire aucun effet. Et voilà qu’après un certain temps l’effet toxique se fait sentir.»
Et aujourd’hui quels sont ces mots qui nous font lentement sombrer dans une dictature beaucoup plus subtile qui est celle de la “perfection” de soi ?

Voici un lien vers un documentaire passionnant sur cet homme diffusé à ARTE

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.